Longtemps cité en exemple de stabilité en Afrique, Maurice vit une semaine sous tension. Réuni en Conseil des ministres vendredi 16 octobre, le gouvernement a décidé de prolonger le couvre-feu nocturne pendant tout le week-end, par crainte de nouvelles violences. La mesure sera appliquée du vendredi 16 au lundi 19 octobre, de 22 heures à 4 h 30 du matin.
Une nuit de plus, des incidents encore
Cette décision intervient après de nouveaux incidents dans la nuit de jeudi à vendredi, qui ont conduit à l'arrestation de 16 personnes supplémentaires. Selon le rapport présenté par le commissaire de police, 151 personnes ont été interpellées depuis le début des émeutes, le 12 octobre, dont 16 mineurs. Douze d'entre elles ont comparu devant la justice vendredi.
Les dégâts sont importants. Huit postes de police ont été endommagés, ainsi que 31 véhicules officiels, 162 caméras du dispositif Safe City et 27 feux de signalisation. Les autorités évoquent aussi des pillages, des incendies et la possession de substances explosives.
Du tir d'un policier aux émeutes
L'étincelle est venue d'un fait divers. Samedi 10 octobre au soir, selon des témoins, un policier a tiré sans sommation sur une femme, la blessant grièvement au niveau du cou. Hospitalisée, elle reste dans un état sérieux. Le policier a été arrêté et traduit en justice. La contestation a ensuite pris de l'ampleur dans plusieurs régions, sur fond de colère liée aux pénuries d'eau et à la hausse du coût de la vie, selon plusieurs médias.
Le couvre-feu, d'abord imposé lundi dans 15 régions, dont Port-Louis, a été étendu à 17 localités, soit environ un tiers de l'île. Il avait déjà été reconduit mercredi et jeudi.
Le Premier ministre dénonce des « incitateurs »
Dans une allocution télévisée, le Premier ministre Navin Ramgoolam a affirmé que nul n'avait le droit de se faire justice soi-même, promettant d'être intransigeant envers les trafiquants de drogue. Il a attribué les troubles à un groupe de personnes qui incitent à la haine et à la violence. Selon des sources policières citées par l'AFP, des trafiquants financeraient des toxicomanes pour attaquer des commissariats.
Vers un couvre-feu national ?
Le Conseil des ministres a aussi validé un projet de loi modifiant la législation sur la police. Il permettrait au commissaire de police d'étendre un couvre-feu à l'ensemble du territoire, et non plus seulement à certaines localités.
Pour l'île, qui n'avait plus connu de telles scènes depuis les émeutes de 1999, après la mort d'un chanteur en cellule, l'enjeu est désormais de rétablir le calme sans attiser la colère.
