Après des mois de bras de fer, la France et l'Allemagne ont fini par s'entendre. Jeudi 15 octobre, en marge d'un sommet européen à Bruxelles, les deux capitales ont trouvé un accord provisoire sur l'avenir de l'industrie automobile européenne : moins d'ambition environnementale d'un côté, une préférence européenne plus stricte de l'autre.
Un échange de concessions
Le compromis, révélé par des sources diplomatiques à l'AFP, repose sur un donnant-donnant. Paris accepte des flexibilités supplémentaires pour les véhicules thermiques, que réclamait Berlin pour protéger sa puissante industrie. En échange, l'Allemagne soutient une préférence européenne resserrée, défendue depuis longtemps par la France face à la concurrence chinoise. Les deux pays y voient une « approche équilibrée » entre décarbonation et réalités du marché.
Que devient l'objectif de 2035 ?
La réglementation actuelle prévoit la fin des ventes de voitures neuves émettant du CO2 en 2035. La Commission européenne avait déjà proposé de ramener cet objectif à une baisse de 90 % des émissions, avec une obligation de compenser le reste. Paris et Berlin proposent désormais de supprimer cette compensation obligatoire. Certains moteurs thermiques ou hybrides pourraient donc continuer à être vendus après 2035, sous réserve de respecter les objectifs moyens d'émissions.
Le texte prévoit aussi des assouplissements pour les hybrides rechargeables, les carburants renouvelables et les flottes d'entreprises.
Un « Made in Europe » à 70 %
Côté industriel, le projet de déclaration commune prévoit qu'un véhicule devrait être assemblé en Europe et intégrer au moins 70 % de valeur européenne dans ses composants, hors batterie. L'idée est de réserver certaines aides et marchés publics aux modèles qui contribuent réellement à l'industrie du continent. Des exigences progressives sont aussi envisagées pour les batteries, dont les cellules.
Le dispositif ne se limiterait pas aux Vingt-Sept. Le Royaume-Uni pourrait en bénéficier, sous conditions de réciprocité, ce qui a valu à l'accord un accueil favorable à Londres.
Un contexte de pression chinoise
L'annonce intervient quelques jours après un accord de principe entre Bruxelles et Pékin, conclu le 9 octobre, pour plafonner les exportations d'hybrides chinois vers l'Union européenne à 350 000 véhicules par an.
Une validation encore attendue
Rien n'est joué. Jeudi soir, la déclaration commune attendait encore des validations politiques en Allemagne. Les propositions devront ensuite être acceptées par les autres États membres et par le Parlement européen. Le compromis doit permettre de débloquer deux dossiers en discussion à Bruxelles : la révision des normes de CO2 et la législation sur la préférence européenne.
