La menace de retrait de l’armée rwandaise du Mozambique suscite de vives inquiétudes en Afrique australe et au-delà. Présentes depuis 2021 dans la province stratégique de Cabo Delgado pour lutter contre une insurrection djihadiste, les forces rwandaises jouent un rôle central dans la stabilisation de cette région riche en ressources gazières.
Première explication : la question du financement. Kigali affirme ne plus pouvoir supporter seul le coût de cette opération militaire. Les autorités rwandaises conditionnent désormais le maintien de leurs troupes à un soutien financier « durable et prévisible » de leurs partenaires internationaux. Or, les aides, notamment européennes, sont jugées insuffisantes face aux dépenses engagées sur le terrain.
Deuxième facteur : un sentiment de manque de reconnaissance. Le gouvernement rwandais estime que ses efforts dans la lutte contre le terrorisme ne sont pas suffisamment valorisés par la communauté internationale. Kigali souligne avoir contribué à sécuriser des zones clés comme Palma et à permettre la reprise d’activités économiques majeures.
Troisièmement, le contexte diplomatique pèse lourd. Les tensions entre le Rwanda et certains partenaires occidentaux, notamment en raison des accusations de soutien au groupe armé M23 dans l’est de la RDC, ont entraîné des sanctions et fragilisé les relations. Cette situation pourrait influencer les décisions concernant le financement de la mission au Mozambique.
Quatrième élément : les enjeux économiques. La province de Cabo Delgado est au cœur de projets énergétiques majeurs, notamment dans le gaz naturel liquéfié. La stabilité de cette région est cruciale pour les investissements internationaux, et la présence rwandaise est perçue comme un facteur clé de sécurisation. Un retrait pourrait compromettre ces projets stratégiques.
Enfin, cinquième point : une stratégie de pression diplomatique. Certains analystes estiment que cette menace de retrait pourrait aussi être un moyen pour Kigali de renégocier les termes de son engagement, obtenir davantage de soutien financier ou faire lever certaines pressions internationales.
Ainsi, derrière cette annonce se joue un équilibre délicat entre sécurité régionale, intérêts économiques et rivalités géopolitiques. Un éventuel retrait des forces rwandaises pourrait fragiliser les avancées sécuritaires obtenues ces dernières années au Mozambique et relancer l’instabilité dans la région.
Sources :
Jeune Afrique
APA News
