Une opération de grande ampleur contre les kulunas
Depuis la fin du mois de septembre, les autorités du Congo-Brazzaville ont lancé une vaste opération de répression contre les gangs de jeunes connus sous les noms de kulunas ou « bébés noirs ». Ces groupes, actifs principalement à Brazzaville et Pointe-Noire, sont accusés de violences ciblées, d’agressions à l’arme blanche et de trafic de stupéfiants. L’opération sécuritaire, menée par la police et la gendarmerie, vise selon les autorités à restaurer l’ordre public et à répondre à une insécurité persistante dans les quartiers populaires.
Sur le terrain, les habitants témoignent d’un climat ambivalent. Si plusieurs reconnaissent un recul apparent des actes de délinquance, ils évoquent également une présence sécuritaire renforcée et des interventions musclées, parfois menées de nuit.
Des exécutions sommaires dénoncées par des témoins
Malgré l’objectif officiellement affiché de démanteler les réseaux criminels, des éléments préoccupants ont émergé. Des organisations locales de défense des droits humains, ainsi que des témoins interrogés par des journalistes, font état d’exécutions extrajudiciaires commises lors d’opérations de terrain. Certains jeunes arrêtés auraient été retrouvés sans vie quelques heures plus tard, sans procédure judiciaire ni explication officielle.
Face à ces accusations, plusieurs associations rappellent que la lutte contre la criminalité ne peut se faire en dehors du cadre légal. Elles appellent à des enquêtes indépendantes et à une clarification du rôle des unités engagées dans la traque des gangs. Les autorités, de leur côté, nient systématiquement toute dérive et affirment que seuls des individus « dangereux et armés » ont été neutralisés.
Une opinion publique partagée entre soutien et inquiétude
Pour une partie de la population, les kulunas représentent depuis plusieurs années une menace directe pour la sécurité quotidienne. Les agressions à la machette, les vols et l’emprise de ces gangs sur certains quartiers ont alimenté un sentiment de vulnérabilité croissant. Dans ce contexte, l'offensive des forces de l’ordre est parfois perçue comme un soulagement et un signe de fermeté attendu depuis longtemps.
Cependant, d’autres Congolais s’inquiètent d’une escalade incontrôlée. La disparition soudaine de jeunes hommes, les témoignages sur des opérations menées sans mandat, ou encore l’absence de communication transparente alimentent la peur d’une répression qui viserait au-delà des seuls criminels. Plusieurs familles affirment avoir perdu la trace de proches arrêtés lors de rafles.
Des enjeux sécuritaires et sociaux profondément ancrés
La question des kulunas ne se limite pas à la criminalité. Elle renvoie à des problématiques sociales plus larges, notamment le chômage de masse, la déscolarisation, les difficultés économiques persistantes et l’absence de perspectives pour une partie de la jeunesse urbaine. Beaucoup de ces jeunes, souvent livrés à eux-mêmes, se tournent vers des groupes structurés qui leur offrent protection, reconnaissance ou revenus illicites.
Les spécialistes interrogés rappellent que les réponses exclusivement sécuritaires restent insuffisantes. Ils préconisent des politiques publiques combinant prévention, insertion socio-professionnelle et justice équitable, afin de réduire durablement l’emprise des gangs sur les villes congolaises.
Les critiques s’intensifient et appellent à un encadrement strict
Alors que l’opération se poursuit, des voix internationales commencent à se faire entendre. Plusieurs ONG rappellent les standards en matière d’intervention policière et mettent en garde contre une escalade susceptible de nourrir de nouvelles tensions dans un pays déjà confronté à des fragilités économiques et politiques. Elles appellent les autorités à garantir le respect du droit à un procès équitable et à interdire toute forme de violence illégale.
Pour l’heure, aucune enquête indépendante n’a été officiellement ouverte malgré les demandes répétées. La poursuite de l’opération, sans encadrement renforcé ni communication transparente, continue d’alimenter les inquiétudes.
